Traduction David Mazel
(1795)
TABLE DES MATIÈRES ET RÉSUMÉS
Conclusion du premier traité politique/introduction du second
ch. 5 – De la propriété des choses
Le pouvoir paternel n’est pas analysé ici pour lui-même. Son analyse vise à réfuter l’un des arguments les plus courants en faveur de la monarchie absolue : l’argument paternaliste. Le monarque serait à la société ce que le père est à ses enfants ; il aurait sur elle une autorité naturelle pleine et entière. Locke objecte à cela deux choses :
1) D’après la loi naturelle, le père n’est pas le seul à détenir une autorité légitime sur ses enfants. La mère en a tout autant que lui. Donc, à supposer même que le pouvoir politique dût prendre modèle sur le pouvoir familial, rien ne légitimerait que tout le pouvoir n’ait qu’un seul et unique dépositaire.
2) Il y a des limites naturelles au pouvoir légitime que les parents ont sur leurs enfants. Ce pouvoir n’ayant d’autre but que l’intérêt des enfants eux-mêmes, il ne saurait sans injustice porter atteinte à leurs intérêts fondamentaux (protection, nourriture, éducation). Pour la première fois dans l’histoire de la philosophie, les droits de l’enfant sont clairement thématisés. Ce pouvoir est donc limité dans son étendue, et limité aussi dans le temps : dès qu’il devient inutile, lors du passage à l’âge adulte, il devient aussi illégitime ; et le devoir de gratitude des fils et des filles à l’égard des parents, s’il doit durer toute la vie, n’a rien à voir avec l’absolue servilité qu’un tyran réclame de son peuple.
ch. 7 – De la société politique ou civile
L’essentiel de ce chapitre est résumé dans le “ou” du titre qu’il porte : la formule “société politique ou civile” indique une équivalence (et non pas une alternative) entre société politique et société civile. Qu’est-ce que la société civile ? Un ensemble d’hommes unis en vue de certaines fins communes, et ayant renoncé à être juges et parties dans les différends qui ne peuvent manquer de les diviser. C’est en outre la seule manière de s’unir qui soit naturelle et conforme à la raison. En effet, s’il n’y a pas de fins communes, il n’y a pas de raison pour s’unir. Et si chacun ne renonce pas à être juge et partie, pour s’en remettre au jugement d’un tiers pour leurs différends, l’union menace vite de tourner au conflit permanent. De là vient que la première société que l’homme forme avec la femme doit avoir naturellement ces deux caractères : des fins communes (procréation, assistance mutuelle et entretien de la progéniture), et la possibilité de recourir à un tiers (le juge, souvent) pour mettre fin aux conflits, éventuellement par le divorce.
D’où la question : la société que le monarque absolu forme avec ses sujets, est-elle une société civile ? Autrement dit : cette union est-elle conforme à la raison ? Non, pour Locke, qui s’oppose ici à Hobbes (Léviathan) sans le nommer. Car un monarque absolu n’a pas de but commun avec ses sujets, qu’il regarde comme de purs instruments ou comme du bétail ; il n’y a aucune possibilité de recourir au jugement d’un tiers pour régler les conflits qu’on peut avoir avec lui ; et lui-même ne peut jouer ce rôle de tiers, dans ce cas, qu’en étant juge et partie – autrement dit : par rapport à ses sujets, il est dans l’état de nature, et ne forme pas de société civile avec eux. Sa puissance est autant une menace pour ses sujets, qu’une garantie de protection. Lorsque le politique n’est pas intégré à la société civile, c’est qu’il n’y a pas société politique, mais état de nature.
Penser que la monarchie absolue est supérieure à l’état de nature par la protection qu’elle donne à ses sujets, “ce serait assurément s’imaginer que les hommes sont assez fous pour prendre grand soin de remédier aux maux que pourraient leur faire des fouines et des renards, et pour être bien aise, et croire même qu’il serait fort doux pour eux d’être dévorés par des lions.“
ch. 8 – Du commencement des sociétés politiques
ch. 9 – Des fins de la société politique et du gouvernement
ch. 10 – Des diverses formes des sociétés politiques
ch. 11 – De l’étendue du pouvoir législatif
ch. 12 – Du pouvoir exécutif, législatif, et fédératif d’un Etat
ch. 13 – De la subordination des pouvoirs de l’Etat
ch. 14 – De la prérogative
ch. 15 – Du pouvoir paternel, du pouvoir politique, et du pouvoir despotique considérés ensemble
ch. 16 – Des conquêtes
ch. 17 – De l’usurpation
ch. 19 – De la dissolution des gouvernements
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